Après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022, des dizaines de rédactions et des centaines de journalistes russes ont quitté leur pays. Depuis, le nombre de médias opérant hors de Russie a évolué par vague, « sous l’effet de répressions administratives et pénales croissantes ainsi que d’une censure numérique renforcée », explique le Fonds européen pour le journalisme en exil. Le paysage des médias russes en exil compte désormais au moins 63 projets indépendants actifs, relocalisés dans plus de 25 pays, formant la plus grande communauté mondiale de journalistes en exil, nous apprend le Fonds européen pour le journalisme en exil.
Certains médias indépendants, comme Meduza, travaillaient déjà depuis l’étranger avant l’invasion de 2022. Après celle-ci, une grande diversité de médias a rejoint le mouvement : petites plateformes d’investigation, médias spécialisés centrés sur Telegram, rédactions régionales ou encore projets YouTube animés par des journalistes.
« Un petit nombre de journalistes et de médias indépendants restent en Russie, travaillant clandestinement sous une pression et une censure extrêmes, note aussi le fonds JX Fund. Les médias en exil, souvent plus importants que leurs homologues d’autres pays, ont mis en place des structures décentralisées dans plusieurs États : certains membres restent en Russie, un vaste réseau de collaborateurs est réparti dans différents pays, et des pôles centraux se trouvent dans des villes comme Riga, Berlin ou Tbilissi. »
La tâche est de plus en plus difficile. En 2024, par exemple, « le Kremlin a déployé des techniques de censure basées sur l’IA, intensifié le blocage des VPN, entravé l’accès aux contenus sur les plateformes internationales, telles que YouTube et Telegram, et décidé d’investir près de 630 millions d’euros sur cinq ans dans une infrastructure de contrôle numérique destinée à bloquer l’accès des citoyens russes à des informations indépendantes », explique Reporters sans frontières dans un rapport publié fin 2024.
La viabilité financière des rédactions est aussi en danger. En 2025, nombre d’entre elles ont été fragilisées par la décision des États-Unis de réduire les financements de l’USAID, qui a affecté des bailleurs soutenant des médias russes indépendants en exil. Malgré tout, ils continuent d’informer au quotidien sur le conflit et la Russie en guerre.
• Les médias russes en exil Meduza et Mediazona sont accessibles en anglais via le Portail des médias indépendants.
