Vêtements, maquillage, chaussures... pendant près de trois ans, Romy, 26 ans, a multiplié les achats en ligne payés en plusieurs fois, raconte Frustration. Sans se rendre vraiment compte qu’elle s’endettait lentement : à chaque début de mois, son maigre salaire était amputé de 450 €.
Klarna, Alma, Scalapay... La journaliste indé Amina Kalache rappelle le principe de ces services qui se sont démocratisés ces dernières années : « L’acheteur choisit un produit, paie une première partie immédiatement, puis règle le reste en plusieurs échéances. [...] Ce n’est pas un rabais, ni une promotion : c’est une avance. » Ou, comme le qualifie plus clairement l’autrice, un « micro-crédit » avec une dette. Une petite dette, moins « spectaculaire » que des crédits immobiliers ou automobiles, mais une dette quand même. Or, celles-ci risquent de s’accumuler pour des foyers précaires ayant des besoins urgents, ou pour des personnes avec peu d’éducation financière.
Dans cet article pour Frustration, la journaliste décrit comment les méthodes marketing de ces entreprises ont rendu possible, ou « plus supportable », un achat qui ne le serait pas en un seul paiement en ligne. « Une option qui surgit à la dernière seconde, quelque part entre l’adresse de livraison et la validation du panier. [...] Le génie de cette industrie n’est pas seulement d’avoir fluidifié un service financier. Il est d’avoir déplacé le moment psychologique où l’on consent à la dette. » S’il ne crée pas la précarité, ce système « l’accompagne [...] et parfois l’aggrave », comme le confirme un rapport de la Banque de France cité dans cette analyse.