Pour ces stratèges militaires russes, la guerre en Ukraine « est devenue le premier conflit armé à grande échelle du XXIe siècle ». Le Grand continent traduit une longue analyse publiée dans une revue de géopolitique russe de deux analystes « particulièrement influents » : Iouri Balouevski, ex-chef de l’État-major des forces armées russes, et Rouslan Poukhov, « membre d’une série d’organes consultatifs liés au ministère de la Défense et à l’industrie militaire ».
Plus de « brouillard de guerre »
Comme son titre l’indique, leur analyse dépeint « une nouvelle réalité à laquelle la Russie doit s’adapter de toute urgence » : « les capacités d’aggravation de la ’’guerre des drones’’ dépassent pour l’heure la capacité à s’y opposer ». Qu’elles soient volantes, navales ou terrestres, ces armes commandées à distance via Internet sont largement utilisées en Ukraine, car elles sont peu couteuses et rapides à produire.
Iouri Balouevski et Rouslan Poukhov constatent une « dissipation quasi-totale » de la notion de « brouillard de guerre » : du fait des « réseaux d’information » incarnés par les nuées de drones volants, dispersés sur de larges zones grâce à la démocratisation de l’Internet par satellite, le doute sur le nombre et les déplacements des forces armées sur le champ de bataille n’existe presque plus. « Il n’est plus nécessaire de voir l’ennemi devant soi : les cibles peuvent être détectées à toute distance et détruites par des dispositifs de haute précision (en priorité les drones) lancés hors du champ de vision de l’adversaire. »
Une guerre devenue « numérique »
Selon eux, ce tournant marque l’échec des stratégies basées sur la « guerre mécanisée », qui repose sur l’artillerie et les tanks, devenus trop coûteux et trop faibles. Ils défendent ainsi l’avènement d’une « guerre numérique ». Car si la quête de la « supériorité dronique » n’est désormais plus une option, selon les deux analystes, ils affirment que cette technologie dépend des outils numériques d’une armée. Et donc, de « l’accroissement de la puissance de calcul » d’un pays qui lui permettra de créer à l’avenir des « systèmes globaux et automatisés de renseignement, de frappe et de défense ».
À travers cette traduction, Le Grand continent nous permet de comprendre que l’armée russe pourrait bientôt opérer un « remodelage [...] de l’ensemble [de ses] modèles tactiques, opérationnels et stratégiques », si elle suit l’avis de ces experts.