Après 16 ans au pouvoir à verrouiller les institutions et à museler les voix dissidentes, à l’issue du vote du 12 avril, Viktor Orbán pourrait perdre son poste de Premier ministre de la Hongrie. C’est du moins ce que montrent les sondages, qui placent en tête le parti d’opposition, de centre-droit, "Respect et liberté", "Tisza" en hongrois. Dans la dernière ligne droite avant le scrutin législatif, « l’écart entre Tisza et Fidesz s’est creusé », analyse 444.
Mais Orbán ne compte pas abandonner le pouvoir si facilement. La campagne électorale a été entachée de manipulations. Fin mars, un scandale surnommé « Orbángate » a éclaté après les révélations d’un ancien policier, Bence Szabó. « Szabó affirme avoir trouvé des preuves que les services de renseignement intérieurs hongrois ont tenté d’infiltrer les systèmes informatiques du parti d’opposition Tisza, dirigé par Péter Magyar », rapporte le journal allemand Taz. L’homme affirme que cet ordre « ne pouvait provenir que d’un haut responsable du gouvernement Orbán actuel ».
Destruction des services publics et fraude électorale
Au-delà de ces manigances, depuis 2010, le chef du gouvernement hongrois a participé à la destruction des services publics du pays, dénonce Direkt36. L’état actuel des hôpitaux, par exemple, reflète « de graves problèmes dans le secteur de la santé », écrit le médis hongrois. Des services hospitaliers entiers ferment faute de personnel soignant qualifié, alors même que le nombre de patients ne diminue pas.
Un documentaire du média, appelé « Le Piège », parle justement du sort « des services publics qui ont un impact fondamental sur la vie des gens lorsque la priorité du gouvernement n’est pas de les développer mais d’étendre le pouvoir économique » des proches du Premier ministre.
Un soutien de Moscou comme de Washington
En dehors de la Hongrie aussi, les réseaux de soutien à Viktor Orbán sont puissants. L’extrême droite européenne, d’abord, mais aussi les milieux du pouvoir aux États-Unis et en Russie. Le Kremlin a trouvé en Orbán un allié au sein de l’Union européenne. Le gouvernement hongrois, main dans la main avec la Russie, a œuvré pour « retirer de la liste européenne des oligarques, entreprises et banques russes faisant l’objet de sanctions », a révélé VSquare.
« Il est rare que des élections en Europe centrale et orientale suscitent un tel intérêt à l’échelle mondiale, ou donnent lieu à une campagne dans laquelle des camps politiques américain et russe se rangent ouvertement derrière le même candidat », remarque The Guardian. Mais cela pourrait jouer en défaveur de l’actuel Premier ministre, écrit le quotidien britannique : « Le soutien étranger peut être une arme à double tranchant. S’il peut renforcer l’image d’Orbán en tant qu’acteur mondial, il risque aussi d’aliéner les électeurs qui se méfient des ingérences extérieures. »
