Dans le petit port de Ksibet Mediouni, en Tunisie « la baie était l’une des plus belles » du pays, soupire un pêcheur auprès du média tunisien Inkyfada. Aujourd’hui, des nappes auburn s’y étendent sur plusieurs kilomètres. Car « chaque année, des milliers de poissons morts sont rejetés sur le rivage ».

« Le niveau des mers monte rapidement »

Le média tunisien décrit la « convergence de facteurs aggravants » à l’origine de cette catastrophe : le réchauffement climatique, la présence d’industries « voraces en eau » et l’intervention humaine sur le littoral favorisent cette marée rouge qui transforme la mer « en un milieu saturé où la décomposition de la matière organique absorbe l’oxygène restant, neutralisant toute possibilité de vie marine régénératrice ». Ce phénomène empoisonne l’écosystème marin, mais aussi les personnes qui vivent à proximité.

« Il y a des moments dans l’histoire où une crise longtemps considérée comme lointaine se révèle intime, immédiate et profondément humaine. L’élévation du niveau de la mer est l’un de ces moments », rappelle quant à elle la diplomate costaricaine Christiana Figueres dans les colonnes du Guardian. Là encore, l’impact du changement climatique sur nos océans touche la planète entière, y compris sur la terre ferme.

L’ancienne responsable de la Convention des Nations unies sur les changements climatiques souligne : « Ceux qui subissent les conséquences les plus précoces et les plus graves de ces bouleversements sont, dans leur grande majorité, ceux qui ont le moins contribué à les provoquer. Aujourd’hui, le niveau des mers monte rapidement dans un monde déjà marqué par les inégalités, le colonialisme et l’exclusion économique », insiste la femme sud-américaine.

Un coût que le monde entier devra payer

L’action humaine sur les mers empire cette situation. En Tunisie, le média Blue TN tente d’évaluer l’impact de la pêche industrielle sur les écosystèmes au large des côtes du pays. « Le long des côtes tunisiennes, la pêche a changé, non seulement dans ses méthodes, mais aussi dans ses motivations. Les filets maillants ne font plus de distinction. Les chalutiers raclent les fonds marins au mépris de la loi. »

Le site indépendant tunisien conclut dans son enquête : « Les chiffres témoignent d’une pression croissante. Les pêcheurs évoquent la pénurie. Les scientifiques parlent d’effondrement. Entre les deux se trouve un système où la survie économique et la survie écologique s’opposent de plus en plus. »

Mongabay appelle à l’action pour protéger les océans : « Alors que l’objectif mondial est de protéger 30 % des océans d’ici 2030, les experts soulignent que les efforts doivent s’intensifier considérablement : pour atteindre cet objectif, il faudra protéger, d’ici quatre ans, une superficie équivalente à celle de l’océan Indien. » Sans action politique, accepter de déséquilibrer, décimer, détruire ces écosystèmes marins au nom du profit aura, en bout de course, un coût que le monde entier devra payer.

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