Dans son dernier numéro, la revue La Brèche nous emmène en Syrie, à Damas, après la tombée de la nuit. « À l’abri des regards, quelques clubs continuent d’ouvrir leurs portes la nuit tombée. Dans la vieille ville, le Barbershop, coiffeur pour hommes la journée, se convertit en bar-boîte le soir. En quelques minutes, on peut se procurer une pilule de captagon, un dérivé d’amphétamine. »
Sous Bachar al-Assad, la Syrie s’est muée en narco-État, bâtissant une économie entière autour du dérivé d’amphétamine produit industriellement et écoulé vers les pays du Golfe. Selon la Banque mondiale, ce trafic rapportait jusqu’à 5,6 milliards de dollars par an — presque l’équivalent du PIB syrien.
Depuis la chute du régime en décembre 2024, le nouveau pouvoir multiplie les coups médiatiques : laboratoires détruits, pilules brûlées. Mais la production s’est simplement fragmentée, se réorganisant dans les zones frontalières échappant au contrôle central.
Pendant ce temps, des milliers de consommateurs sont livrés à eux-mêmes. Bon marché et hautement addictif, le captagon a ravagé une génération entière : étudiants, travailleurs, déplacés de guerre. Depuis 2011, la consommation de drogues a bondi de 300 % chez les 18-29 ans. Le seul hôpital psychiatrique public de Damas manque de médecins, de médicaments et de budget. Le sevrage, lui, se fait le plus souvent... en prison.