Au détour d’un café parisien avec Guiti News, la militante Zelal San, Kurde de Turquie, déballe les épreuves de sa vie comme on raconterait un dimanche après-midi. Elle revient aux origines de son militantisme en France en faveur des exilés. Avec, comme point de départ, son enfance dans une petite ville à la frontière turco-irakienne. À huit ans, alors qu’elle discute « avec un camarade kurde, un soldat m’a violemment frappée à l’arrière de la tête. Il m’a hurlé dessus : “Ici c’est la Turquie, tu es turque. Quelle langue tu parles ?” » La jeune fille « réalise alors que sa vie entière est politique. »
Puis, Zelal San raconte sa deuxième vie à Istanbul, à 19 ans, où elle peine à se loger, à suivre ses études et à nourrir ses quatre petits frères et sœurs « après le décès de leur mère et l’abandon de leur père. Elle décrit cette période d’une traite, sans que sa voix ne souligne une quelconque émotion particulière. » Elle étudie le droit et s’engage pour les réfugiés du Kurdistan syrien. Jusqu’à ce que le bras armé de l’État turc menace ses proches lors d’une perquisition : « Les policiers hurlent, et Zelal prend conscience du danger lorsque l’un d’eux pointe une arme sur la tempe de sa nièce ».
Sa troisième vie sera donc celle de l’exil, dès 2019, en Belgique puis en France. « Pour ne pas perdre espoir et sombrer dans la solitude, elle s’investit dans ce qu’elle sait faire de mieux : aider les autres », notamment via Emmaüs Solidarité et au sein du Parlement des exilées depuis 2025. Guiti News souligne son obstination, ce « feu discret qui ne se laisse jamais contenir ». Des montagnes du Kurdistan aux couloirs de l’Assemblée.