Après son abolition en 1848, l’esclavage a simplement changé de forme et de nom, sur l’île de La Réunion, devenant « l’engagisme ». « Sous la pression des planteurs, qui ont alors besoin de remplacer les esclaves, l’administration française recrute sur la base d’un contrat d’engagement une main-d’œuvre bon marché qu’elle fait travailler dans les plantations de canne à sucre et dans les usines sucrières. Juridiquement libres, mais en fait contraints de s’engager », résume Afrique XXI.
Le média profite de l’exposition « Les engagés du sucre », en cours depuis novembre 2025 au musée Stella Matutina de Saint-Leu (La Réunion) pour retracer l’histoire peu connue de cet asservissement, légalisé jusqu’en 1882. Déplacés majoritairement depuis le sud de l’Inde (118 000 engagés) et l’Afrique de l’Est (entre 34 000 et 37 000), ces « forçats du sucre » travaillaient sur place pendant cinq ou dix ans, parfois gratuitement, et vivaient dans « des cases insalubres dans lesquelles se transmettaient les maladies ». Selon la commissaire Michèle Marimoutou, « 25 % des 118 000 Indiens engagés sont morts avant la fin de leur contrat ».
Certains petits-enfants et arrière-petits-enfants de ces personnes asservies racontent ainsi leurs tristes récits à la journaliste indépendante Eva Sauphie. Mais « les témoins indirects de cette période vieillissent et l’urgence de la transmission se fait sentir », constate-t-elle. Des témoignages vidéos des descendants sont ainsi intégrés à l’exposition, « mais aucun ne vient pour autant heurter la sensibilité des visiteurs. La mémoire est encore trop vive. Le passé, bien trop proche. Et la libération de la parole autour de ce pan de l’histoire coloniale, très récente. »