Société

« Mode d’emploi » du gouvernement pour « gérer l’éco-anxiété » : le stress, une passion française ?

Résumé écrit le

Fin juin, entre deux canicules, le site gouvernemental info.gouv.fr publiait une série de conseils pour lutter contre la « détresse mentale et émotionnelle [...] en réponse à la menace du changement climatique » : l’éco-anxiété. Or, le sociologue Stéphane Le Lay rappelle que cette notion reste contestée par la science et qu’elle évite un débat plus concret sur les causes de cette détresse.

Dans son essai pour la revue Mouvements, le chercheur spécialiste du travail note également l’usage du concept de « burn-out militant ». « Dans les deux cas, précise-t-il, il est admis, même parmi les spécialistes qui utilisent l’une ou l’autre notion, qu’elles sont floues, aussi bien dans leur définition littérale que dans les signes cliniques censés étayer ladite définition. » Elles pêcheraient notamment « à réduire la question écologique au changement climatique, ou à ne pas distinguer nettement ce qui relève d’éprouvés intrasubjectifs (comme l’angoisse) et d’éprouvés intersubjectifs (comme la culpabilité) », complète Stéphane Le Lay.

Surtout, le sociologue affirme que l’éco-anxiété et le burn-out reposent « essentiellement » sur la notion de stress. « Inciter à la gestion du stress, ça revient à dire, comme avec toute bonne technique néolibérale qui se respecte, que la société est la simple addition d’individus atomisés sur qui repose la responsabilité [...] de se prendre en main au niveau psychologique » et de s’organiser entre eux. À l’inverse, Stéphane Le Lay appelle à une « réflexion collective » sur une cause plus concrète de l’éco-anxiété : l’éventuelle « souffrance éthique » que ressentent certaines face au décalage entre leurs valeurs écologiques et le travail qu’on leur demande.

Un résumé de Théo Sire
Journaliste à Basta!