Comme à son habitude, The Conversation apporte de la nuance à un sujet en interrogeant ceux qui s’y connaissent souvent le mieux : des chercheurs. Le média rebondit ici sur une polémique initiée le 18 novembre par un sondage de l’institut Ifop, concluant « à une forte poussée de religiosité, de rigorisme et de soutien à la mouvance islamiste chez les musulmans de France ». Des résultats largement repris par l’extrême droite.
S’il ne conteste pas la véracité des chiffres, Franck Frégosi, spécialiste de l’islam en France, alerte sur les risques de « biais de lecture » d’un sondage qui se limite à une seule religion. Il rappelle qu’on peut constater « une montée de l’intransigeantisme religieux [...] dans toutes les confessions ». De leur côté, Patrick Simon et Vincent Tiberj, coauteurs d’enquêtes analytiques sur les pratiques religieuses en France, rappellent que, quel que soit leur culte, les immigrés ont tendance à être plus conservateurs.
« Un gros problème méthodologique »
« Plusieurs enquêtes disent que, chez les musulmans, il y a plus souvent des difficultés à accepter les couples homosexuels et chez certains des préjugés anti-juifs, rappelle Vincent Tiberj. C’est plus répandu mais pas systématique, bien au contraire ; d’ailleurs, les personnes aux tendances antisémites se retrouvent bien plus souvent à l’extrême droite ». Surtout, il dénonce « un gros problème méthodologique » sur ce point : « l’Ifop se focalise uniquement sur les musulmans en général, sans distinguer les immigrés et leurs descendants », bien moins conservateurs car « nés et socialisés en France ».
Dans ce triple entretien, les chercheurs critiquent ainsi autant la méthode que les conclusions du sondage. Ils citent notamment les résultats de deux enquêtes sociologiques, menées à dix ans d’écart. Entre 2009 et 2019, elles constatent « une stabilité du rapport au religieux chez les musulmans », voire « même une légère diminution ». Et ce, avec un nombre de musulmans interrogés « bien supérieur à l’enquête Ifop », précise Patrick Simon.