Le délibéré était attendu de pied ferme par une partie des journalistes français. Ce 20 mai 2026, la cour d’appel de Versailles a validé la condamnation du journaliste Jean-Baptiste Rivoire aux prud’hommes de Boulogne-Billancourt en 2024, a annoncé le média indé Off Investigation, dont il est le fondateur. Trois ans plus tôt, l’ex-salarié du groupe Canal+ (racheté par Vincent Bolloré) avait publiquement dénoncé (et donc rompu) la « clause de silence » de son accord de fin de contrat : celle-ci lui interdisait de critiquer son ancien employeur « sans limite de durée », rappelle le site d’infos.
La veille de la décision de la cour d’appel, une tribune signée par un collectif de syndicats, d’organisations, de journalistes et de médias (dont Basta ! et de nombreux autres) avait alerté le public sur les risques d’un « dangereux précédent » en cas de confirmation de cette condamnation. « Étendues à tout un conglomérat et sans limites temporelles, ces clauses de silence restreignent la liberté d’expression des journalistes et la liberté de la presse, en empêchant ceux qui y sont soumis de critiquer ou d’enquêter librement sur des sujets liés à leur ancien employeur », précise ce texte, qui considère ce droit à la liberté d’expression comme une nécessité dans un contexte de « concentration des médias ».
Dès lors, en plus d’entériner « l’omerta Bolloré », comme le dénonçait déjà la veille Jean-Baptiste Rivoire à L’Humanité, la décision de la cour d’appel confirme son obligation de dédommager le groupe Canal+, cette fois à hauteur de 142 500 euros. Une amende dont « les conséquences [pourraient être] catastrophiques pour l’avenir du journaliste », jugeait le quotidien. La tribune de soutien mentionne quant à elle un risque plus large : « Au-delà de la situation individuelle de ces journalistes, c’est le droit des citoyens à être informés qui est en jeu. »
