« Voir naître, un jour prochain, une marche pour la liberté de la presse et la liberté d’association, où se retrouveraient journalistes, militantes, juristes, élus et citoyennes pour défendre ces piliers essentiels de la démocratie. » C’est le souhait optimiste formulé par Sophie Lemaître, en conclusion d’une conférence racontée par L’Alterpresse68, au cours de laquelle la docteure en droit s’est attachée à dépeindre un triste tableau de la liberté d’association.
Lors de cette rencontre à Mulhouse (Haut-Rhin), l’ex-juriste spécialiste de la corruption depuis quinze ans était interrogée sur le thème de son essai Réduire au silence. Comment le droit est perverti pour bâillonner médias et ONG (Rue de l’échiquier, fin 2025). Un ouvrage dans lequel elle décrypte une stratégie de multiplication des procédures « visant autant à épuiser qu’à condamner celles et ceux qui documentent la corruption, les atteintes à l’environnement ou les violences d’État », paraphrase le média local.
Un « climat de suspicion permanente » instauré par l’État
Car c’est bien l’État, le principal instigateur de cette « guerre par le droit », selon Sophie Lemaître. « Le cœur de l’échange a porté sur un dispositif que les associations apprennent à redouter : le Contrat d’engagement républicain » (CER), qui conditionne depuis 2021 le versement des subventions associatives au respect de vagues « principes de la République ».
La docteure en droit cite aussi les refus d’agréments gouvernementaux nécessaires à certaines associations pour « lancer des actions en justice ». Si des solutions commencent à voir le jour, « pour nombre d’associations peu habituées au conflit avec l’État, l’ampleur simultanée » des attaques « fonctionne comme une sidération qui entrave l’organisation d’une riposte collective », constate amèrement Sophie Lemaître.