Le cadeau de Noël est inhabituel. « Le 22 décembre 2025, alors que la bruine tombait comme le soir à la fin d’une tournée de distribution de notre numéro d’hiver, nous sommes allés chercher un courrier chez un huissier de justice », racontait début janvier la rédaction du journal L’Arlésienne. L’équipe de ce mensuel indé basé à Arles (Bouches-du-Rhône) découvre avec horreur une assignation à comparaître « pour diffamations ». Cette plainte est portée par de la mairie de la commune de Beaucaire (15 000 habitants) et de son ancien maire, le vice-président du Rassemblement national Julien Sanchez. Comme une punition du Père Fouettard.

Le média ne se serait donc pas tenu sage, en révélant, à l’automne 2025, la manière dont la municipalité d’extrême droite met des bâtons dans les roues des commerces « tenus par des Maghrébins ou des Latino-Américains ». « Alors, voilà, le Rassemblement national n’aime pas qu’on enquête sur ses pratiques et utilise ce qu’on appelle dans le milieu : les procès-baillons. […] Comme contre nos collègues de L’Empaillé, La Marseillaise, StreetPress et bien d’autres », dénonce ainsi la rédaction du pays d’Arles. On aurait du mal à la contredire. Il suffit de prendre l’exemple de StreetPress : en décembre 2025, le média listait ses « treize procès sur le dos » de part de médias ou figures de droite ou d’extrême droite. Ayant copublié l’enquête de L’Arlésienne, le média ajoute même un quatorzième procès à son agenda déjà bien chargé.

Une troisième victoire judiciaire en un mois pour un média libre

Mais la nouvelle année s’accompagne aussi de bonnes nouvelles. Le 9 janvier 2026, le journal occitan L’Empaillé célébrait sa « victoire ! » après l’abandon des poursuites lors de son procès pour diffamation face à la mairie RN de Perpignan. Puis, une semaine plus tard, le 17 janvier, c’était au tour d’un autre indé montpelliérain, Le Poing, de confirmer sa relaxe trois mois plus tôt, « à la suite d’une plainte pour diffamation de Dorian M., néonazi ». Jamais deux sans trois : Rue89 Lyon a annoncé mardi 20 janvier une décision de justice similaire face aux accusations de diffamation du multimillionnaire et candidat de droite aux municipales, Jean-Michel Aulas, et de son fils Alexandre. À l’inverse du Poing, le tribunal de Lyon a cette fois condamné le père et son fils « à rembourser [les] frais de justice » du média.

Ces joies seront de courte durée pour les lecteurs des indés. Quelques heures plus tard, Rue89 Lyon précisait que les Aulas « ont annoncé leur volonté de faire appel […] selon plusieurs confrères ». Le même jour, L’Arlésienne indiquait le report de son procès du 21 janvier « dans un délai de 2 à 4 semaines », prolongeant un peu plus sa galère. Et après eux, d’autres procès-bâillons viseront vraisemblablement d’autres médias indépendants. Il est plus que jamais temps de les soutenir.

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