Début 2025, dans une maison de la banlieue de Caen (Calvados) habitée par un couple de locataires, de larges flaques d’eau apparaissent dans la salle de bain et sous la porte d’entrée. Le duo essuie, éponge, nettoie : le problème ne disparaît pas. « Mais d’où elle vient, toute cette eau ? » « Ce phénomène, c’est celui des remontées de nappes [phréatiques] », répond quelques pages plus loin l’hydrogéologue Luc Aquilina. Dans cette enquête en bande dessinée, le média normand Grand-Format et l’illustrateur Vincent Sorel mettent en images les résultats du projet scientifique Rivages normands 2100, mené sur ce phénomène pendant cinq ans par des chercheurs de l’université de Rennes et de Caen.
Dans ce récit dessiné – un format idéal pour ce type de sujets, qui demandent à être vulgarisés – Grand-Format explique comment les eaux de pluie et de la mer s’infiltrent et saturent les « sols poreux » à faible profondeur, au point de remonter jusqu’au niveau du sol. En s’appuyant sur les relevés des nappes de cinq territoires normands entre 2021 et 2024, le média détaille les conséquences : avant même habitats et routes, la remontée des nappes à 30 cm sous le sol provoque des problèmes d’humidité dans les maisons, endommage les câbles électriques et les tuyaux souterrains et pourrit les racines des cultures agricoles.
Si ce processus n’est pas nouveau, « le changement climatique accroît ce phénomène », rappelle Grand-Format. D’ici 2050, « dans les zones étudiées, au moins 100 000 bâtiments seraient touchés une fois par an » par ce phénomène, prévient la géomaticienne Salomé de Foville. Alors que faire ? « La technique ne résoudra pas tout, préviennent les chercheurs. Il sera nécessaire de s’adapter » et de changer les modes de vie et de production, conclut la BD.