Si les sondages d’opinion ont aujourd’hui un impact non négligeable dans les élections françaises, peu d’études s’attardent sur celles et ceux qui les produisent. Pourtant, « l’opinion publique, est toujours indissociable de l’instrument qui l’a mesuré », rappelle le sociologue du travail Hugo Touzet dans un épisode du podcast « Les Oreilles Loin du Front », publié sur Spectre.
Dans cette émission centrée sur les luttes sociales et politiques, l’auteur évoque les grandes lignes de son enquête sociologique Produire l’opinion : une enquête sur le travail des sondeurs (éditions de l’EHESS, sept. 2025), durant laquelle il a personnellement travaillé dans un de ces « instituts de sondage ». Au cours d’une heure et quart d’entretien, il déconstruit d’abord l’image clichée d’un secteur « qui manipule et qui influence la démocratie ».
Malgré leur place de premier plan dans le débat public, c’est d’abord un marché privé constitué d’une petite dizaine d’entreprises, où travaillent « entre 100 et 120 personnes » majoritairement jeunes et « pas très bien payé∙es ». Surtout, ces entreprises privées se rémunèrent largement avec leur autre activité : les sondages marketing commandés par d’autres entreprises.
Hugo Touzet rappelle ainsi leur caractère de service commercial, en offrant une certaine visibilité aux marques ou aux partis qui les commandent et fixent les questions, qu’ils soient de droites ou de gauche. « Les sondages, en tant que tels, n’ont pas beaucoup de pouvoir ou d’influence. Ils vont en avoir à partir du moment [...] où ils vont être médiatisés », résume l’auteur. Dès lors, si « l’immense majorité des sondages dont on est abreuvé à travers les médias [...] mettent plutôt en avant des thématiques de droite », c’est selon lui parce que les autres n’ont pas « la même reprise médiatique ».