Les 40 ans de l’accident nucléaire de Tchernobyl ont beau être dans deux mois, EUobserver prend les devants sur la classe politique européenne : l’événement « sera commémoré par beaucoup comme une tragédie historique, provoquée par l’incompétence soviétique et la corruption d’un système politique défaillant. Bien que cela soit vrai, l’idée selon laquelle Tchernobyl n’est qu’une “partie de l’histoire” néglige l’héritage complexe [de la catastrophe] ».
Dans cette analyse, le journaliste indépendant Daniel Harper revient notamment sur « l’impact actuel » de la gestion de cet incident sur les politiques nucléaires de l’ex-Europe centrale et orientale soviétique. Silence meurtrier en Bulgarie, manque de transparence en Pologne et en Hongrie, révolution puis confiance institutionnelle en Tchéquie... « Les trajectoires ont divergé, mais la découverte sous-jacente était commune : le risque nucléaire n’est pas seulement technique. Il est politique, éthique et inégalitaire. [...] Lorsque ces systèmes posent problème, les États ont recours au secret, protègent de manière inégale et cherchent à limiter les dégâts. »
Au-delà de « la défaillance d’un système particulier » (le communisme soviétique), EUobserver rappelle ainsi que Tchernobyl doit être perçu « comme un avertissement » sur le manque de transparence étatique en cas de crise, y compris dans une Europe plus démocratique, aux technologies et à la sûreté renforcées. « Quarante ans plus tard, [l’Europe] parle du nucléaire comme d’un outil climatique, d’un atout pour la sécurité, d’une question de souveraineté énergétique. Ces débats ne sont pas illégitimes. Mais ils reposent souvent sur une hypothèse tacite, selon laquelle les conditions politiques nécessaires à un fonctionnement sûr du nucléaire sont stables, durables et universelles. Tchernobyl suggère le contraire. »