Société

« Un système d’esclavage bon marché » : l’exploitation des Colombiens en Pologne

Résumé écrit le

Jhenny Urbano n’avait pas l’intention de déménager en Europe. Elle a demandé un visa pour le Canada, mais ne remplissait pas les conditions financières. C’est sur le site du bureau colombien de l’emploi qu’elle a trouvé une annonce de recrutement pour la Pologne. Tout semblait en règle. Jhenny a envoyé son CV, et immédiatement reçu l’appel d’un homme mexicain se présentant comme recruteur pour une grande agence polonaise : il avait un emploi pour Jhenny dans une usine agroalimentaire polonaise pour 6000-7000 zlotys par mois, soit autour de 1500 euros. La femme remplit alors plusieurs formulaires, envoie une copie de son passeport, souscrit à une assurance maladie. Elle doit s’envoler quelques semaines plus tard.

Les problèmes commencent dès l’aéroport de Bogotá : le recruteur lui dit de finalement déclarer qu’elle voyage en touriste, pas pour travailler. Puis l’abandonne dans la nature. C’était en octobre 2022. Une fois en Pologne, l’agence ne répond plus, le bureau de travail de Bogotá n’est au courant de rien. Des amis colombiens la mettent en contact avec une autre recruteuse. Jhenny se retrouve au bout de quelques jours dans une maison pleine de Colombiens, tous et toutes arrivés récemment selon le même schéma : on leur a d’abord assuré un permis de travail, puis dit de voyager en tant que touristes. Jhenny finit par travailler dans une grande entreprise de logistique, payé seulement 1000 zlotys par mois, soit 235 euros, au noir.

Des histoires comme ça de travailleuses et travailleurs colombiens en Pologne, il y en a beaucoup, nous apprend le média polonais OKO.press. Les Colombiens sont de plus en plus nombreux à venir travailler dans le pays. De nombreux témoignages montrent que nombre de ces personnes travaillent au noir, pour des salaires très bas et dans des conditions terribles. La plus grande exploitation prévaut dans l’industrie de la viande.

Un résumé de Rachel Knaebel
Journaliste.