Près de sept ans après la révélation de l’affaire au grand public, le passé du milliardaire états-unien Jeffrey Epstein secoue l’Europe. Après des mois de pression au Congrès des États-Unis de la part de ses opposants politiques et de certains de ses alliés, l’administration du président Donald Trump n’avait plus le choix : le vendredi 30 janvier 2026, le département de la Justice a publié plus de trois millions de documents liés aux enquêtes sur Epstein. Ceux-ci révèlent notamment les liens entre plusieurs personnalités européennes de premier plan et le pédocriminel.

Un scandale d’abord cantonné aux États-Unis

Au départ, l’affaire était surtout états-unienne. Après les témoignages inédits de victimes dans une enquête du Miami Herald (Floride) en 2018, l’arrestation par le FBI de Jeffrey Epstein en juillet 2019 secoue le pays par la nature des accusations. Les faits semblent sortir tout droit d’une thèse complotiste : propriétaire d’une île privée dans les Caraïbes, ce milliardaire est accusé d’y avoir organisé un trafic sexuel de filles mineures et de jeunes femmes. On redécouvre par ailleurs sa condamnation en 2008 pour racolage sur une mineure de 14 ans. Le suicide d’Epstein dans sa cellule en août 2019 renforce par la suite davantage le cliché conspirationniste du « proche des puissants qui en savait trop ».

Les « documents Epstein » dévoilent le déni de l’élite occidentale

Bien que les autorités états-uniennes peinent à prouver l’existence d’un trafic sexuel au profit de ses riches amis, la curiosité du public grandit à mesure que ses échanges personnels sont dévoilés par la justice des États-Unis. Après deux publications officielles, début 2024 puis fin 2025, les trois millions de documents révélés début 2026 détaillent un peu plus la proximité d’Epstein avec de nombreuses personnalités de l’élite financière, politique et culturelle. Y compris en Europe, où l’homme d’affaires se faisait plus discret.

La plupart sont accusées d’avoir continué à fréquenter Epstein malgré sa condamnation de 2008, mais sans que cela ne prouve leur participation à des crimes pédocriminels. Parmi les figures de premier plan citées : l’ex-prince britannique Andrew Mountbatten-Windsor ; l’ex-ambassadeur britannique et figure du parti travailliste Peter Mandelson ; l’épouse du prince héritier de Norvège, Mette-Marit ; ou encore l’ex-Premier ministre norvégien et ex-secrétaire général du Conseil de l’Europe Thorbjørn Jagland.

En France, plusieurs enquêtes en cours grâce aux médias

Concernant la France, un nom déjà bien connu a refait surface dans les documents : celui de l’ex-agent de mannequins Jean-Luc Brunel, accusé depuis 2014 par une victime d’être un des principaux rouages du système de trafic sexuel de Jeffrey Epstein. Alors qu’une enquête pour viols avait débouché sur un non-lieu en 2023, à la suite de son suicide en prison en 2022, le parquet de Paris a annoncé, le 14 février, une « réanalyse intégrale » du dossier Brunel-Epstein.

D’autres noms cités dans les « Epstein Files » ont fait l’objet d’enquêtes dans les médias, sans toutefois que les faits incriminés soient liés au trafic sexuel du milliardaire. Le 2 février, les révélations par Mediapart des liens amicaux et économiques de Jeffrey Epstein avec l’ex-ministre de la Culture Jack Lang et sa fille Caroline ont provoqué l’ouverture d’une enquête du Parquet national financier.

Au-delà du trafic sexuel mondial, une domination masculine plus banale

Le 14 février, le parquet de Paris a aussi indiqué envisager des enquêtes judiciaires qui viseraient trois autres personnalités : le diplomate Fabrice Aidan (dont l’amitié de longue date avec le criminel sexuel a été révélée par Mediapart, Radio France et 20 Minutes) ; le chef d’orchestre Frédéric Chaslin (accusé de chantage sexuel) ; et le recruteur de mannequin Daniel Siad (accusé de viol).

Plusieurs médias ont également révélé les échanges sexistes et racistes d’Epstein avec Olivier Colom, ex-conseiller de Nicolas Sarkozy. Si ces documents ne sont pas la preuve de l’existence d’un complot pédocriminel mondial, ils rappellent une réalité bien connue : celle d’un ordre social qui peine à remettre en question la violence des hommes et nourrit leur impunité.