À la veille des vacances de la Toussaint (et de la journée de mobilisation du 17 octobre réunissant non seulement les lycéens, mais également les agriculteurs et les Gilets jaunes), le soutien le plus surprenant vient certainement des étudiants des Grandes écoles françaises.
Depuis deux semaines, de nombreux établissements de l’enseignement supérieur d’excellence ont apporté leur soutien aux lycéens. Ainsi, la Centrale Lyon, HEC, ou l’école du Louvre - pour ne citer que ces établissements - ont apporté leur soutien aux lycéens.
Quant aux universités, 90% d’entre elles ont été « bloquées ou fermées » au plus fort des mobilisations, selon l’Union étudiante, 35% selon le ministère de l’Enseignement supérieur. Certaines universités, historiquement placées à droite (voire extrême-droite) sur l’échiquier politique se sont également jointes aux blocages.
Un ralentissement avant une journée nationale de mobilisation
Après un essoufflement le 9 octobre, le mouvement de contestation a repris de plus belle ce mardi 13, avant une nouvelle journée de mobilisation samedi 17 octobre. Au matin de cet acte V, au moins 200 lycées étaient fermés] par « mesure de sécurité », sans compter ceux qui étaient bloqués ; « des centaines » selon l’Union syndicale des lycéens. La militante écologiste suédoise Greta Thunberg s’est même rendue devant le lycée Paul-Éluard, en Seine-Saint-Denis.
Plusieurs manifestations étaient prévues en France ce mardi, dont deux cortèges à Paris, car outre les étudiantes, de nombreuxses professionnelles de l’enseignement ont rejoint le mouvement, à l’appel de leurs syndicats ou non.
Une réponse policière vivement critiquée
Alors que le mouvement a débuté sans débordements apparents, il s’est durci progressivement, notamment côté policier. Ce lundi 12 octobre, pas moins de 215 élèves et 147 membres du personnel de l’Éducation nationale ont été blessées, selon le gouvernement, dont huit rien que ce lundi 12 octobre.
Parmi les cas les plus graves, on peut citer le drame de Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise), en Île-de-France, où un enfant de 14 ans a désormais la « mâchoire scellée » après avoir été touché le 28 septembre par un tir de lanceur de grenade au visage. Autre blessure grave : le 5 octobre, un jeune de 15 ans a vu sa main arrachée par l’explosion d’une grenade de désencerclement à Lens (Pas-de-Calais), dans les Hauts-de-France. De son côté, le Défenseur des droits François-Noël Buffet a annoncé dimanche 11 octobre avoir reçu 28 saisines depuis le début des mobilisations.
Côté justice, le bilan est lourd :
- L’IPGN (l’inspection des polices) a ouvert 36 enquêtes concernant des cas de blessures en lien avec la mobilisation.
- Au soir du 8 octobre, le ministère de l’Intérieur dénombrait plus de 6800 gardes à vue liées aux blocages (dont 86 % de mineures). C’est plus que l’ensemble des gardes à vue menées lors des révoltes urbaines liées à la mort de Nahel Merzouk en 2023.
- Pour le moment, 2 376 personnes font l’objet de poursuites, selon un dernier bilan du ministère de la justice.
Des pas en avant timides de la part du gouvernement
Après avoir échoué à négocier une sortie de crise lors d’une rencontre vendredi 2 octobre avec des organisations lycéennes, le gouvernement a publié dans les jours qui ont suivi une liste d’engagements en réponse aux revendications du mouvement, en attendant des mesures concrètes « avant fin octobre ». Une première tentative d’apaisement avait aussi été amorcée le 1er octobre, avec l’abandon de la mesure budgétaire qui prévoyait des frais d’inscription pour les étudiantes non boursieres en BTS et en classes préparatoires.
Appelant sans succès à la reprise des cours, le ministre de l’Éducation nationale annonce finalement un plan d’urgence. Reconnaissant notamment la situation « très problématique » du non-remplacement de nombreux enseignant∙es (dénoncés par les grévistes), il annonce l’arrivée de 3 024 professeur∙es remplaçant∙es, jusqu’ici « mal affecté∙es », dans plus 500 établissements particulièrement touchés. Des lycées identifiés « grâce à un logiciel que j’avais demandé il y a un an », précise-t-il.
Malgré cette première victoire pour le mouvement, ces annonces restent « du bricolage » qui ne règle rien sur le long terme, dénonce la secrétaire générale du syndicat enseignant SNES-FSU. Surtout, le gouvernement ne répond pas aux autres critiques du mouvement concernant les bâtiments vétustes ou encore Parcoursup.
Derrière la mobilisation lycéenne, des combats anciens
Les revendications ne sont pas nouvelles, mais le ras-le-bol, lui, est rare dans son ampleur. Le mouvement de contestation lycéen entre dans sa quatrième semaine, après avoir débuté le 21 septembre 2026 au lycée Saint-Exupéry de Créteil (Val-de-Marne), en Île-de-France. Les revendications étaient principalement liées aux conditions d’enseignement : manque de professeures, bâtiments dégradés, pression liée à Parcoursup. Il a suffi d’une semaine pour que la mobilisation, très localisée à l’origine, s’étende au reste du pays. Elle est devenue nationale le 29 septembre, et dure depuis.
Depuis, les blocages de lycées se sont multipliés dans la majorité des zones urbaines, y compris à La Réunion, en Guyane et aux Antilles.
