Gabriel Attal, Michel Barnier, François Bayrou, et désormais Sébastien Lecornu. Quatre Premiers ministres en un an ont échoué face à une Assemblée divisée en trois blocs (gauche, centre droit et extrême droite). Ses prédécesseurs avaient au moins pu essayer de gouverner le pays pendant quelques mois, mais Sébastien Lecornu, lui, n’a pas eu ce délai : 27 jours après sa nomination et moins de 14 heures après avoir désigné ses ministres, il a annoncé sa démission le 6 octobre. Un record dans la Ve République.

Après de longues discussions avec les chefs de partis à l’Assemblée, hors LFI et RN, Emmanuel Macron a finalement renommé Sébastien Lecornu le 10 octobre, quatre jours après sa démission. Celui-ci nomme le 12 octobre un second gouvernement, mais l’obstacle reste le même : trouver une majorité pour voter un budget. Deux jours plus tard, les députés du Parti socialiste offrent finalement un fragile répit au Premier ministre, en excluant la censure de son gouvernement sur sa promesse d’un report de la réforme des retraites « jusqu’à l’élection présidentielle ». À leur demande, Sébastien Lecornu s’engage aussi à ne pas utiliser l’article 49.3 de la Constitution pour faire voter par la force un budget pour 2026.

Première victoire sur le budget de la Sécu

Deux mois plus tard, les âpres négociations entre députés ont mené à une première victoire pour le gouvernement Lecornu II, sur le volet santé de ce budget : avec seulement six voix de plus que la majorité nécessaire, le 9 décembre, l’Assemblée nationale valide par 247 voix contre 234 le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS).

Alors que le Rassemblement national et La France insoumise ont voté contre, cette victoire a été permise par le vote « pour » de la majeure partie des élus socialistes, aux côtés de leurs collègues d’Ensemble pour la République et du MoDem, et par l’abstention d’une majorité des groupes Écologiste, Horizons et Les Républicains. La lutte autour du budget 2026 n’est toutefois pas terminée. Sébastien Lecornu doit encore réussir à faire voter le plus gros morceau : le projet de loi de finances (PLF).

Un passage en force malgré la promesse

Comme attendu, après le retour du texte dans l’hémicycle, le 23 décembre 2025, les débats s’enlisent sans qu’une majorité de circonstance se dessine. Deux options imparfaites s’imposent alors à Sébastien Lecornu : légiférer par ordonnances, sans prendre en compte les amendements de l’Assemblée qu’il a promis d’écouter, ou mettre en jeu la responsabilité de son gouvernement sur ce texte de loi via l’article 49.3... qu’il s’est pourtant engagé à ne plus utiliser.

Lundi 19 janvier 2026, le Premier ministre annonce finalement choisir la deuxième option, avec « regret » et « amertume ». Bien que ce passage en force ait constitué une des limites imposées par le PS pour ne pas censurer le gouvernement Lecornu II, les socialistes indiquent finalement qu’ils ne soutiendront pas la motion de censure déposée en réaction par La France insoumise. Face à l’échec des différentes motions déposées, le Parlement a adopté définitivement le projet de loi de finances pour 2026, lundi 2 février.

S’il a fallu passé en force, le pari de la seconde nomination de Sébastien Lecornu a payé. Pour cet allié d’Emmanuel Macron, l’ultime épreuve restera toutefois de se maintenir à Matignon, en cohabitant nécessairement avec une Assemblée à jamais insatisfaite, jusqu’à 2027.