La colère est nationale. Le 8 juin 2026, près de 60 000 personnes ont manifesté dans 216 villes de France devant les tribunaux judiciaires afin de dénoncer les trop nombreux cas de violences sexuelles sur mineures.

Quatre jours plus tôt, Lyhanna, 11 ans, était retrouvé morte de causes inconnues dans une exploitation agricole à quelques kilomètres de son domicile, une semaine après sa disparition. Mais au-delà de la mort d’une enfant, ce sont les antécédents du principal suspect, plusieurs fois accusé de violences sexuelles sur mineures, qui a créé la polémique.

Les résultats de l’autopsie ont relevé des traces de viol et la présence de l’ADN du principal suspect. Bien que la cause de sa mort soit désormais connue, celle-ci ne sera pas révélée qu’au procès.

Trois plaintes pour violences sur mineures depuis 2017

Son profil n’a pas tardé à apparaître dans l’enquête. Dès le lendemain de la disparition de Lyhanna, vue pour la dernière fois à sa sortie du collège de Fleurance, dans le Gers, le père d’une de ses amies est interpellé : Jérôme Barella. S’il nie au départ disposer d’éléments, l’homme de 41 ans affirme finalement avoir transporté Lyhanna de son collège à la piscine municipale, à sa demande, après avoir été confronté à des images de caméras de surveillance prouvant la présence de l’enfant dans son véhicule peu après sa disparition. Placé en détention provisoire, il est mis en examen pour « enlèvement, séquestration de mineure de [moins de] 15 ans », « meurtre sur mineure de [moins de] 15 ans, précédé ou accompagné d’un viol » et « viol sur mineure de [moins de] 15 ans par violence, contrainte, menace ou surprise ».

Si le casier judiciaire de Jérôme Barella est vierge, l’homme est bien connu de la justice. Selon la procureure d’Auch (Gers), ce père de famille avait déjà été visé par trois procédures liées à des accusations de violences sexuelles sur mineures depuis 2017, sans que celles-ci aboutissent. La plus récente concerne une plainte pour viol sur une enfant de 10 ans, déposée en août 2025. Dans cette affaire, une enquête est toujours en cours, pour laquelle Jérôme Barella n’a pas été entendu jusqu’ici. Après sa mise en examen, la mère de l’enfant concernée (présentée dans les médias sous le prénom de « Rosa ») a récemment dénoncé la lenteur des investigations, avant de déposer plainte contre l’État pour « faute lourde ».

Après la mise en examen de Jérôme Barella dans l’affaire Lyhanna, une quatrième plainte, également pour viol sur mineure, a été déposée en juin. Puis, le 3 septembre, une cinquième plainte a été communiquée au parquet d’Auch, cette fois pour corruption de mineure.

Des fautes reportées sur les politiques ou les magistrats

Si Jérôme Barella reste présumé innocent dans ces affaires, son implication dans un énième cas de violences sexuelles sur mineures a provoqué un débat politique sur les défaillances de la justice. La prise en charge des forces de l’ordre est également critiquée : pour la cinquième plainte, la mère et sa fille affirment que la gendarmerie d’Auch les a dissuadées de porter plainte.

Au-delà de la mobilisation citoyenne du 8 juin, des magistrats et des associations de protection de l’enfance dénoncent un échec politique : il s’agirait d’une nouvelle conséquence du manque de moyens humains et financiers accordés à la justice, en particulier concernant les affaires de violences sexuelles sur mineurs. Une situation bien documentée et dénoncée depuis plusieurs années.

Pour sa part, le gouvernement réfute toute critique concernant la faiblesse des mesures politiques ou des moyens financiers. Il accuse plutôt les services de l’État de ne pas avoir assez priorisé ce type de plaintes malgré ses demandes : le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a ainsi annoncé la saisie de l’Inspection générale de la justice (IGJ) et de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) sur d’éventuels dysfonctionnements. Quant au ministère de la Justice, le garde des sceaux Gérald Darmanin a d’abord présenté ses « excuses à la famille [de Lyhanna] et aux Français », avant d’ordonner aux procureurs généraux de revoir « l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants » d’ici au 14 juillet – soit près de 70 000 dossiers.