« Nous avons observé des accouchements le long des routes migratoires, aux frontières, pendant les expulsions, voire en mer ou dans les forêts d’oliviers », décrit à Nawaat le porte-parole du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), Romdhane Ben Amor. Le tout, dans des conditions souvent extrêmement précaires, entretenues par la peur d’être arrêtées et expulsées. Ces femmes doivent, comme titre le média tunisien, « survivre dans l’ombre ».
Le site indépendant se penche sur le sort des mères migrantes, venues de pays subsahariens, qui accouchent durant leur exil. L’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) dénonce le fait que « de plus en plus de femmes vivant dans des campements de fortune accouchent hors des structures hospitalières, sans hygiène ni soins obstétricaux et néonataux adéquats, et sans prise en charge rapide en cas de complications ». Parmi les femmes enceintes en exil suivies par des organisations humanitaires, seulement un peu plus de la moitié ont eu accès à un suivi médical durant leur grossesse.
En Tunisie, cette situation va de pair avec un discours hostile de la part du pouvoir et une criminalisation de l’aide aux migrantes. Le président Kais Saied et ses soutiens voient en l’augmentation des naissances sur son territoire le résultat de l’action de « forces complotistes dont l’objectif serait de “changer la composition démographique de la Tunisie” et “son identité arabo-musulmane” », écrit Nawaat. Le tout, alimentant un racisme qui marginalise encore plus ces femmes et leurs enfants.
De ce fait, ces dernières font face à « des délais d’attente prolongés, des consultations expéditives, une priorité donnée aux citoyens tunisiens en cas de pénurie de traitements, notamment pour le VIH, et des coûts de soins plus élevés ». Les discours xénophobes creusent encore le fossé entre les citoyennes tunisiennes et ces femmes, en termes d’accès aux soins.