En Iran, les manifestations durent depuis bientôt un mois. Parties des bazars de la capitale, elles se sont étendues aux provinces et au Kurdistan iranien, décrit le média turc Bianet. Avec l’ampleur des mobilisations grandit aussi la répression du régime : au moins 5000 personnes auraient été tuées depuis fin décembre, selon les autorités iraniennes elles-mêmes. Probablement beaucoup plus d’après des ONG et des médias.
Les chiffres sont difficiles à vérifier, toutes les communications étant surveillées et l’accès à Internet limité. Les familles des victimes sont « obligées de payer des montants exorbitants » pour enterrer leurs proches tués, décrit Il Manifesto. De plus, « des milliers de personnes ont été arrêtées, y compris des médecins ayant soigné des manifestants », rapporte aussi le journal italien.
Ni sanctions ni attaque
« Les manifestations antigouvernementales qui secouent l’Iran, des grandes villes aux villages, sont alimentées par la colère suscitée par l’effondrement économique et la répression politique, analyse Inside Climate News. Mais, derrière les gros titres sur la dévaluation de la monnaie se cache un facteur de dissidence plus profond et plus permanent : la catastrophe écologique. » En novembre, la sécheresse avait amené les autorités à envisager d’évacuer Téhéran, rapportait alors Grist.
« Les sanctions de l’Union européenne peuvent-elles renverser le régime des mollahs ? » se demande la Taz. « Un train de sanctions de la Commission européenne est attendu la semaine prochaine, qui devra ensuite être approuvé à l’unanimité par les ministres des Affaires étrangères de l’UE », contextualise le journal. Le quotidien allemand a interrogé des experts sur l’efficacité d’éventuelles sanctions européennes contre l’Iran. Selon eux, cet instrument n’est pas particulièrement efficace.
Que faire, alors ? Intervenir militairement dans le pays, comme l’envisagent peut-être les États-Unis ? « Attaquer l’Iran n’est pas une façon de soutenir les manifestations iraniennes », titre In These Times. Le média américain ajoute : « Ce serait stupide et dangereux. Cela renforcerait probablement les dirigeants iraniens. Cela mettrait en danger la vie des soldats et des citoyens états-uniens, ainsi que celle d’autres personnes dans toute la région, dans ce qui pourrait facilement devenir une autre guerre interminable, extrêmement coûteuse et profondément impopulaire. »
« Il ne suffit pas de renverser un régime »
En parallèle, certains noms d’opposants commencent à faire leur place dans les médias étrangers. Comme Reza Pahlavi, fils du dernier shah d’Iran, dont The Intercept brosse le portrait. Il « est sans aucun doute le préféré d’Israël », dit le journal états-unien.
Mais, selon un texte publié dans DinamoPress, il est essentiel d’écouter la voix des universités iraniennes, ces lieux de construction de la pensée critique, pour comprendre qu’« il ne suffit pas de renverser un régime si son successeur reproduit la même logique de pouvoir, d’autoritarisme et de verticalité. Les oppositions autoritaires, les projets politiques construits autour de leaders charismatiques et les promesses d’ordre et de stabilité ne constituent pas de véritables alternatives. »
Voilà une chose que les pays européens peuvent faire dans l’immédiat : protéger les Iraniens exilés qui « vivent dans une peur constante », rapporte la Taz. « L’Iran espionne la communauté iranienne en exil et exerce des pressions sur les proches restés au pays, le régime est également tenu responsable de nombreux assassinats et enlèvements commis à l’étranger. »
